J’ai peur de Partir mais je me soigne

Peur de partir pour l'Australie
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J’ai peur de partir, mais ça va aller

Par Dorine, une autochtone et créatrice du blog Enpleintrips.

Depuis plusieurs mois je vis avec une maladie très répandue qui a la particularité d’être ignorée, volontairement ou non, par les personnes qui en sont atteintes. Ce syndrome perfide qui peut s’avérer malsain s’il prend de l’importance, se manifeste différemment suivant ses victimes.
Dans mon cas, c’est à chaque fois de la même manière; je navigue sur internet, recherche les infos diverses et variées à propos de l’expérience de backpacker jusqu’à ouvrir une trentaine d’onglets, taper ma ville de départ, ma ville d’arrivée, tester plusieurs dates, plusieurs compagnies, comparer, calculer. Je rafraichis la page, compare encore, vérifie si mon compte en banque me le permet –Evidemment qu’il me le permet, les économies sont là depuis 6 mois. Je me décide, valide, rentre mes coordonnées, mes informations personnelles, mon numéro de passeport que je connais par cœur, me trouve courageuse en décidant de ne pas prendre l’assurance annulation, écris mes informations de carte bancaire et … Non.
Impossible de cliquer sur « Valider ». Mon syndrome de procrastinatrouille a encore frappé.

Il fait son apparition le 22 Juillet 2016, jour où j’ai obtenu, en moins d’une heure, le Saint Graal tant rêvé depuis mon premier voyage : mon PVT pour l’Australie. Le projet initial était à deux. En couple. En mode test ultime avant de s’infliger cette routine qui allait nous bouffer. *Super optimiste la nana*.
Mais ce 22 Juillet, la petite voix qui s’est éveillée le jour de la signature de mon premier CDI, et qui m’a fait démissionner 9 mois plus tard, a de nouveau fait son apparition, pour me dire exactement les mêmes mots : « Ce n’est pas comme cela que tu conçois ta vie ».

Le constat est donc sans appel : j’ai peur. Peur de me tromper une fois de plus.
Il y a 10 mois j’étais persuadée que partir à deux me rendrait heureuse. Qu’est-ce qui me dit que, là encore, je ne suis pas en train de me tromper ? Le projet est officiellement en place pourtant. J’en parle autour de moi comme si j’y étais déjà. Parfois de manière fière et déterminée – Genre « Le danger ? Ah ! Moi j’aime le danger, je me ris du danger ! » -, d’autre fois avec plus de retenue et de parcimonie – Genre « Euh, Maman, pour info je pars (seule) en Australie pendant un an… ». Je suis à ce moment clé où toute ma vie s’articule autour de cette aventure, chaque dépense est réfléchie, chaque privation est justifiée, chaque connaissance est informée de mon départ proche. Tout le monde a admis que je serai de l’autre côté de la planète à l’automne.

Tout le monde, sauf moi. –Problématique, n’est-ce pas ?

Australie, prendre le large

Partir me fait peur, car partir c’est avoir le choix.

Je ne déteste pas ma vie ici, mon environnement, les montagnes, ma petite ville calme, mon entourage, mon travail, mes loisirs. Je pourrai facilement « vivre avec ». Je n’exclus pas le fait de revenir un jour. Mais, si c’est le cas, je veux être sûre de l’avoir choisi. Inclure quelqu’un dans ce voyage me permettait de diminuer cette trouille qui me nouait l’estomac, mais représentait finalement une épée de Damoclès qui allait m’empêcher, sur le long terme, de réellement choisir pour moi-même, et surtout par moi-même, mon projet de vie de manière intègre. Mais, si j’échoue là aussi, il ne me restera plus de solution. Si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, ou du moins si je ne trouve pas l’endroit où elle a, pour moi, la bonne couleur, je devrai simplement admettre que je n’ai pas trouvé ma place. Alors que si je n’achète pas ce billet, que je bâtis tout ici, suivant le processus normal, et que je ne m’épanouis pas, je pourrai toujours (me) dire que « ce n’est pas ma faute, moi je voulais partir, je le savais que cette vie n’était pas pour moi, mais je n’ai pas pu ».

Partir, avoir le choix

Partir me fait peur, car partir c’est disparaitre.

Peu à peu, je ne suis déjà plus inclue dans les projets à courts, moyens ou longs termes de mon entourage. Si je m’y intéresse, on me fait remarquer que, « de toute façon, tu ne seras pas là ». Alors, je me rends compte que je ne suis pas indispensable. Nulle part et surtout pour personne. Et on ne va pas se mentir, ce n’est pas super agréable comme constat. Alors évidemment, partir c’est faire de nouvelles rencontres, qui partageront peut-être mieux nos valeurs et croyances, mais c’est aussi et surtout prendre le risque de ne plus correspondre à sa vie d’avant. Ce qui inclut son environnement, ses amis, mais surtout sa famille. Admettre que les gens qui nous ont élevé et ont sacrifié leur vie pour nous ne sont finalement pas irréprochables et ont peut-être même des défauts flagrants. Prendre le risque que notre absence se fera de moins en moins ressentir par notre entourage, que notre retour ne sera pas attendu, et que le soutien sera de plus en plus rare au fil des jours. C’est disparaître parfois pour des gens avec qui on partageait pourtant le quotidien.

Partir, c'est disparaitre

Partir me fait peur, car partir c’est apprendre à se connaître.

Je ne veux pas partir pour juste pouvoir me dire « je suis trop forte, je suis partie, j’ai osé ». Je ne sais pas ce que je recherche à travers cette expérience. Je ne sais même pas si je recherche quelque chose. Et c’est déstabilisant de se rendre compte qu’on ne sait même pas ce que l’on veut réellement. Les divers portraits sur internet ou expériences d’expatriés ou de tourdumondistes reflètent à chaque fois un projet, une ambition, une envie de découvrir le monde, de se développer spirituellement au fur et à mesure des rencontres, de repousser ses limites, et tout cela de manière sereine et claire dès le début. Les autres voyageurs sont donc avenants, courageux, altruistes et désintéressés. Face à cela, mon projet me fait prendre conscience que je suis solitaire, peureuse, et égoïste. Je pars pour fuir, parce que je n’ai toujours pas trouvé ce que je voulais faire de ma vie, parce que je suis instable, paumée, et surtout pas prête à assumer des responsabilités établies par la société dans laquelle j’ai grandi. Contrairement à ce que je lis, ce n’est pas un esprit « rebelle » qui m’anime, du genre « la génération Y veut tout remettre en question ». C’est juste purement la peur de ne pas réussir ce que tout le monde réussi. On me qualifie de courageuse quand j’en viens à révéler au cours d’une conversation que je vais partir, mais je trouve cela bien plus courageux et impressionnant d’arriver à s’épanouir dans le projet « normal » d’une vie : s’impliquer dans son travail, se sacrifier pour ses enfants, payer le crédit de sa maison, et continuer de s’épiler régulièrement pour entretenir la flamme chez l’être aimé ..!

Partir, apprendre à se connaitre

Partir me fait peur, mais partir est vital.

Je vais acheter ce billet. Je vais partir. Pas seulement parce que j’en ai besoin, mais aussi et surtout parce que j’ai dit à tout le monde que je le ferai ! Juste parce que mon éducation m’a appris qu’échouer est acceptable, mais abandonner, non. Juste parce que j’ai un égo et une fierté bien trop importants pour prendre le risque de devoir répondre à la question « Mais rappelle-moi pourquoi tu n’es pas parti finalement ? – Oh, juste parce que j’ai eu la trouille. ». La peur fait partie intégrante du processus de changement. Et c’est ce qui le rend si épanouissant, si libérateur. Si c’était facile, cela ne m’intéresserait pas.

« Tout ce que vous avez à faire, c’est décider de partir. Et le plus dur est fait » – Tony Wheeler.

Oui. C’est décidé. Je vais le faire !

Mais pas maintenant, j’ai aquaponey.

Dorine - ParisJeMeCasse.com


Merci Dorine pour ce témoignage poignant, puissant et authentique.
Cet article te fait écho ? Tu souhaiterais partager ton témoignage, n’hésite pas à me contacter >>ici<<

Crédit photo : Cyprien A.

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8 Commentaires

  1. Mon commentaire semblera sûrement peu objectif pour la simple raison qu’elle est ma meilleure amie sur cette terre. Mais je l’ai connu lors d’un voyage aux Etats-Unis’ un voyage durant lequel nous avons eu le choix, nous avons peut-être disparus, mais nous avons appris a nous connaître et tout ça c’était vital. Je voudrais juste lui dire qu’elle est capable, que je n’en ai jamais douté, que si ça va pas je débarque !!! Que je suis fière de la femme et l’amie qu’elle est et surtout que je l’aime peu importe où nous somme sur terre.

  2. Peu importe ce que tu décides (partir ou non, en Australie ou ailleurs). Le véritable courage c’est de n’avoir aucun regrets!!! Alors n’écoute que toi!!

  3. Que tu décides de partir ou pas, ton choix doit être pour toi, c’est ta vie, peu importe ce que les autres pensent… si pour une raison x ou y finalement tu ne pars plus, l’important est que ce choix soit vraiment ce que tu veux… et… il n’est jamais trop tard pour changer d’avis. Il y a des gens qui partent juste après leurs études mais reviennent ensuite à la routine du « moule » de la société, il y en a d’autres qui entrent dans le moule et plus tard ne s’y retrouvant pas, partent se chercher ailleurs, y en a qui partent et reviennent, d’autres qui partent et restent en chemin le reste de leur vie. La seule chose qui compte vraiment c’est que ce choix soit le tien. Tu n’as qu’à t’écouter, tu trouveras le courage de sortir de ta zone de confort, pour un an, pour 2 ou pour une vie… Et quand tu pars, les gens qui t’aiment ne t’oublieront pas, tu perdras sans doute des gens de vue, mais pas les vrais amis, pas la famille. Tu perdras des gens de vue, et tu en rencontreras d’autres, toute rencontre étant enrichissante. Aussi, tu n’as pas besoin de RAISONS raisonnées pour partir, juste avoir envie, ou avoir besoin. Pas besoin de se dire « je veux partir pour connaître des gens différents qui me rendront meilleure », tu peux juste dire « je veux partir parce que j’en ai envie, C’est tout, et c’est une raison suffisante » 😉 . Quelle que soit ta décision, bonne chance!

    1. Maricel, j’adore votre « tu n’as pas besoin de RAISONS raisonnées »… parfois être « raisonnable » nous fait perdre la raison ! merci !

  4. C’est le moment où jamais d’assouvir ton désir de partir. Et même si je ne suis pas parfaite, saches que d’avoir « sacrifier ma vie » (comme tu le dis), pour mes enfants, pour les rendre autonomes et les savoir heureux et aventureux, me donne du baume au cœur ! Quand tu es loin, je me fais la plus discrète possible, histoire que tu vives pleinement ton aventure, mais saches que « rentrer dans le moule »… c’est pas du gâteau Fillotte… parfois « ça crame » ! Quelle que soit ta décision, je tâcherai toujours de te soutenir dans tes projets. BON(s) VOYAGE(s) si tel est ton désir, et surtout, continue d’écrire !

  5. Bravo pour cet article ! Je partage totalement tes sentiments. Mais aussi j’ai envie de partir (au Canada notamment) et donc c’est une raison suffisante. Bon voyage

  6. Super article!
    Je viens d’avoir mon PVT Canada et je comprends totalement cette peur puisque je la vis à l’heure actuelle. Ces questionnements permanents – est-ce que ce sera mieux ailleurs? Pourquoi je ne peux pas me contenter de ce que j’ai ici comme tout le monde?
    Je suis curieuse de savoir si tu as franchi le pas? Si tel est le cas, j’aimerais beaucoup avoir de tes nouvelles ; peut-être via un blog car tu écris vraiment bien!!

  7. […] partir ? Où aller ? On sait ce que l’on quitte mais on ne sait ce que l’on va trouver. Partir me fait peur. Je me rencarde, me rassure. J’envisage toutes les options. Je veux tenter […]

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